GUY BORREMANS. «L'HOMME IMAGE/s»

Combien d'images Guy Borremans a-t-il saisies au cours de ses années de pratique ? Il les cache tellement bien, ne nous en dévoile chaque fois qu'une infinitésimale partie. Mais, à chaque fois ses images nous bousculent, nous choquent. Est-ce à cause de ce qui y est montré ? De comment cela est montré? Ou de ce à quoi ces images nous confrontent ? Il y a le quotidien, mais aussi le bizarre, et l'intime qui dans ses oeuvres se juxtaposent, se retrouvent comme contrastés. Il y a surtout le vécu et une certaine vision esthétique voyante / voyeure / voyeuse. Le regard de Borremans s'exerce dans des décors parfois cauchemardesques, dans des lieux obsessionnels, dans des endroits fantasmatiques, mais aussi dans la rue. Toujours un peu comme suspendu dans un espace temps où l'imaginaire et le réel s'entrechoquent parfois même jusqu'à la provocation.

Images vivantes, vivaces, en évolution constante sous leur apparente similitude. Mais à chaque fois. qui nous forcent à re-découvrir un instant riche parce qu'il fait la synthèse de tout ce qui vit en nous-mêmes. Il éveille en nous ce souffle, lui redonne un sens critique. Son regard nous Invite à nous arrêter-sur-images. A revoir un vécu en lui donnant un sens, son sens ou un autre sens. Ses images questionnent, elles interpellent. Au delà du cadre, comme hors-cadre, il y a là une farouche volonté d'émotion, de mémoire, d'intelligence, et de désir. Un désir de liberté créatrice.

En cette fin de millénaire, peut-être porteuse de valeurs à retrouver, Borremans, toujours trop avare de ses trésors visuels. nous offre ici l'occasion de soulever le couvercle de son coffret rempli d'images. Des Images qui sont autant de témoignages d'une vie passée à traquer l'instant, la lumière, les formes, d'un univers transformé et fouillé par un oeil, un regard unique.

 

André Pâquet. Montréal le 19 mai 1998.